Au XIIe siècle, l’Ile-de-France n’existe pas.
Les habitants des pays autour de Paris se nomment les
Français et leur terre la France. Cet espace
régional, qui prend le nom d’Ile-de-France au XIVe
siècle, est le produit d’une construction politique.
Les souverains se fixent progressivement dans la vallée de
la Seine, à proximité du grand sanctuaire de
Saint-Denis, et, simultanément, entreprennent le
« rassemblement capétien » qui dilate
la terre des Français de l’île de la Cité
à l’Ile-de-France. La région France est un
espace prospère, contrôlé par les
représentants de la puissance publique qui assurent le
maintien de l’ordre seigneurial. Ces seigneurs
d’Ile-de-France sont la fleur de France des chansons de
geste, combattants admirables et défenseurs glorieux de la
Terre sainte. Dans les sources ecclésiastiques,
l’image de ce groupe régional – nous dirions
national – est nettement moins flatteuse. Il rassemblerait
les pires représentants d’une société
seigneuriale violente et subversive, ennemie acharnée du
grand progrès de l’Etat et du bien commun
défendu par l’Eglise. Pourtant, même s’ils
encombrent les actes royaux et les cartulaires
ecclésiastiques, les maîtres de la Francia restent mal
connus. Ce thème de recherche pose le problème de la
construction de l’Etat. Dans le pays autour de Paris, noyau
du « système français », le
Capétien est présent physiquement. La lecture des
rapports roi / seigneurs s’intègre dans une lecture
globale de l’évolution politique du royaume de
France.
Cette étude de synthèse veut être une
contribution à l’histoire des familles seigneuriales
d’Ile-de-France au XIIe siècle. L’utilisation
croisée des sources diplomatiques, iconographiques et
littéraires permet d’observer les grandes lignes de la
géographie politique des pays autour de Paris et les
contours du groupe aristocratique attaché à cette
terre. Quels sont les liens de fidélité qui unissent
le roi, l’Eglise et les seigneurs ? Quels sont les
rapports entre la construction de l’identité
seigneuriale et l’exercice de l’autorité
publique ? Enfin, les transformations de la
spiritualité aristocratique sont-elles encouragées
par l’Eglise ?