Les liens entre l'iconographie des
vitraux médiévaux de Christ Church, Canterbury, et la
liturgie qui était célébrée dans la
cathédrale aux XIIe et XIIIe
siècles, n'ont à ce jour jamais été
étudiés en détail. Le demi-siècle
compris entre 1170 et 1220 fut, pour la cathédrale et la
communauté bénédictine qui la desservait, une
période d'une importance capitale. Elle fut
caractérisée par de grands bouleversements pour
l'Eglise et la société anglaise, ainsi que par une
intense activité créatrice du monastère, tant
dans le domaine artistique que dans celui de la liturgie.
L'étude du programme iconographique et des textes
liturgiques de Christ Church montre comment ces deux modes
d'expression furent utilisés en conjonction par la
communauté pour présenter une image
particulière d'elle-même et de la
société qui l'entourait. L'identité mise en
avant par les moines était à la fois
héritée du passé, déterminée par
les circonstances du présent, et tournée vers le
futur. Elle était constituée d'une part par des
éléments consciemment revendiqués par les
membres de la communauté et de l'autre par tous les
éléments qui, au cours des siècles, avaient
contribué à façonner les circonstances
historiques, économiques, sociales et intellectuelles de
Christ Church telles qu'elles apparaissent à la fin du
XIIe siècle, et qui échappaient largement
à leur attention. La vision souvent normative et
idéalisée qu'ils présentent de la
société et de leurs rôles dans celle-ci
illustre, par défaut, la place réelle qu'une
communauté comme celle de Christ Church occupait en
Angleterre au début du XIIIe siècle.
L'image de la communauté qui apparaît à la fin
de l'étude des vitraux et de la liturgie est en effet celle
d'un groupe qui cherchait à glorifier et à consolider
une identité qui lui semblait menacée par les
développements qui prenaient alors place dans la
société.