Sous l'appellation Sentences de
Sextus, les érudits reconnaissent un recueil de 610 aphorismes
issus de l'antiquité païenne puis compilé et remanié à l'époque
chrétienne. La question de son origine précise fait encore l'objet
de débats. Il fut cependant utilisé dans les milieux chrétiens dès le
IIe s. ap. J.-C.; Origène (184-254) et Grégoire de Nazianze
(329/330-390) le mentionnent. Il fut de plus traduit et largement
diffusé tant en orient qu'en occident. Des versions, complètes ou
partielles, ont été identifiées et publiées en copte, en syriaque, en
arménien et en géorgien.
La traduction latine des
Sentences 1 à 451 est due à Rufin d'Aquilée (ca 345-410).
Par son contenu, cet ouvrage relève de la littérature sapientiale et
morale. Le destin des Sentences fournit un exemple éclairant de
la diffusion et de la réception des idées dans différentes aires
culturelles - le monde paîen et le monde chrétien, l'orient et
l'occident - durant l'antiquité tardive. Cette raison justifie
à elle seule la place donnée à la version grecque de ce recueil dans le
Thesaurus Patrum Graecorum. Ce volume présente pourtant un autre
intérêt: il est fruit d'une recherche plus vaste menée par les
auteurs sur les techniques d'alignement multilingue. Il offre ainsi
un lexique et une concordance bilingues, grec-latin, des sentences
traduites par Rufin.
Aux outils lexicaux habituellement
fournis dans les Thesauri, s'ajoutent des développements
relatifs à la méthode suivie pour l'alignement multilingue. La
lecture attentive des index et de la concordance fournit donc des
enseignements sur l'état du texte au Ve s. et sur les techniques de
traduction utilisées par Rufin. Le texte grec des Sentences de
Clitarque et des Sentences des Pythagoriciens a été traité
conjointement à celui des Sentences de Sextus car ces trois
ensembles, déjà réunis par les Byzantins eux-mêmes, relèvent du même
genre littéraire.