Rocco
Schembra rassemble ici pour la première fois le dossier
complet des centons homériques sur le Nouveau Testament. Ces
poèmes sont en effet conservés dans cinq recensions:
deux longues (I et II, comptant respectivement à peu
près 2350 et 1950 vers) et trois brèves, jusqu'ici
inédites (α,
β
et
γ,
chacune d'environ 650-700 vers), toutes éditées ici
critiquement et pourvues d'un apparat des sources homériques
et d'un second apparat permettant de visualiser les rapports
complexes existant entre ces cinq textes. La tradition manuscrite
de la première recension longue, probablement
composée par un certain Patricius et revue au Ve
s. par l'impératrice Eudocie, ne remonte malheureusement pas
au-delà du XIIIe s. Cette recension a connu un
plus grand succès que les autres à la Renaissance,
comme le montre l'histoire de ses éditions entre 1501-1504
(editio princeps Aldina)
et 1793 (Teucher), éditions qui ont elles-mêmes
donné lieu à une tradition manuscrite assez
abondante: 12 manuscrits sont des copies de l'édition
aldine, voire même d'une autre édition du
XVIe ou du XVIIe s. La seconde recension
longue, attribuée à Optimus le philosophe et à
Côme de Jérusalem, mais qu'il faut sans doute rendre
à l'anonymat, est conservée dans trois manuscrits
seulement, dont le plus ancien est daté du Xe s.
Les trois autres recensions, anonymes, sont des recompositions
abrégées sur la base des deux recensions longues;
elles sont conservées dans un nombre plus ou moins important
de manuscrits, qu'on situe entre le XIIIe et le
XVIe s.
L'ouvrage
de Rocco Schembra constitue, après les éditions de
M.D. Usher et d'A.-L. Rey, une mise au point définitive
– à moins d'une trouvaille inattendue dans une
bibliothèque – sur la tradition des Homerocentones. Ces textes sont
non seulement intéressants pour la question de la
réception d'Homère aux époques tardo-antique
et byzantine, mais le tour de force littéraire qui les a
fait naître a aussi quelque chose de fascinant. Dans cette
mosaïque patiente, chaque pièce a été
extraite de sa composition originale et replacée, avec les
autres, dans un nouveau schéma, pour former une nouvelle
image. Les actes, les mots et les pensées d'Ulysse,
d'Achille et des autres, sont devenus des formes vides,
animées d'une nouvelle vie et d'un nouveau message,
évangéliques. On peut voir cela bien sûr comme
une virtuostité gratuite, mais l'on peut aussi y lire le
symbole de la création d'une société de langue
grecque et de foi chrétienne.
"(...) il lavoro dello Schembra nel suo complesso segna un deciso progresso nella constitutio textus e delle sue caratteristiche storico-letterarie."
"Scholars now have sharp tools with which to navigate this complex tradition. (...) [the author] has undoubtedly provided an important scholarly resource." (M. Whitby, in: Byzantinische Zeitschrift, Band 102, Heft 2, 2009, p. 811-815)