Ce nouveau volume du Corpus
Nazianzenum est consacré à l'édition de la
version arabe du discours 40 de Grégoire de Nazianze. On
sait que Grégoire l'a prononcé pour inciter au
baptême à un âge précoce. Il est
étroitement lié dans la tradition grecque aux
discours 38 sur la Théophanie et 39 sur la
Fête des Lumières. L'édition critique de
la version arabe de ces deux derniers discours est en cours de
préparation par les soins de Madame L.Tuerlinckx, qui a
déjà édité la version arabe des
discours 1, 45 et 44.
L'édition critique de la
version arabe du discours 40 que nous présentons ici permet
d'identifier une proto-version syrienne grâce au fait qu'un
des textes les plus anciens de la tradition arabe de
Grégoire a subsisté pour le discours 40 dans le
manuscrit de Milan, Biblioteca Ambrosiana, X 198 sup.,
daté du XIe siècle. Pour la première fois dans
les éditions arabes de Grégoire, on peut relier, au
moins pour le discours 40, la version du XIe siècle à
celle contenue dans le manuscrit de la Bibliothèque
Vaticane Sbath 648 (2), daté du XVIIIe siècle,
manuscrit venant aussi d'un milieu syrien, mais dont on n'avait
jusqu'ici aucun témoin à la fois proche par le texte
et très antérieur par la date. Outre que la tradition
arabe formée par les trois familles syro-sinaïtique,
intermédiaire et égyptienne est maintenant bien
confirmée, on s'aperçoit que la famille
syro-sinaïtique se divise en sous-groupes qui semblent
s'être développés parallèlement à
une date ancienne (XIe, XIIe siècles). La comparaison du
texte grec avec le texte arabe montre une fois encore
l'extrême complexité des rapports qui existent entre
la tradition grecque et les traditions orientales : l'histoire du
texte de la version arabe du discours 40 montre que le texte arabe
se rattache tant à la famille grecque n qu'aux
familles grecques m et m'. Cependant tous les
manuscrits arabes remontent bel et bien à un seul
archétype du Xe siècle.
Sur le plan linguistique, la
langue des manuscrits se rattachant à la plus ancienne
tradition textuelle est une variété qu'on peut
appeler "pré-moyen arabe" encore passablement proche de
l'arabe classique, tandis que celle des autres manuscrits (à
partir du XIIIe siècle) fait partie d'un moyen arabe
déjà normalisé.
La présente édition
critique est complétée par un index lemmatisé
qui permet des études variées sur le lexique, la
morphologie et la syntaxe du moyen arabe chrétien et des
études sur l'évolution du lexique des Arabes
chrétiens avant la Renaissance littéraire et
linguistique du XIXe siècle.